
photo: Aurélien Valette
Je suis presque de cet âge, de cette génération désabusée et peureuse qui vit le grand ère de l’immédiateté et de l’immobilité ; la génération écran qu’on va l’appeler, … écran total. Génération entourée de barrières et de fenêtres qui nous séparent et nous rapprochent, avec une efficacité sans précédent.
Nous sommes autant de surfaces sensibles sur lesquelles s’impriment les reflets du monde. Que des putains d’illusions qui nous animent et qui nous habillent, nous les petites ombres chinoises de la caverne platonicienne de notre temps. Vaste bordel de signes et de faux-semblants, où la fiction est bien plus réelle que ce qui doit l’être, car elle jalonne nos existences de ces repères qui font le destin d’un homme. Dieu est tout à la fois producteur, spin doctor et imposteur. Il pourrait être mon psy, ou bien Jacques Attali, et peut-être même les deux à la fois.
Nous me faisons peur, planqués derrière nos virtualités, emplis d’angoisses. Je n’ai pas de pitié ni de dépit, mais j’ai peur. De nos enfances perdues au fond des canapés domestiques, embrumées par le tube cathodique, de nos adolescences textotisées, de nos romances connectées, et de notre bonheur indexé sur le pouvoir d’achat et le nombre de nos contacts networkés. J’ai peur parce que nous nous éloignons de nous-mêmes, des uns des autres, car nous voulons à tout prix nous rapprocher des uns des autres, de nous-mêmes, le plus rapidement, le plus facilement, le plus sainement possible… Moi le premier.
Si nous faisons l’expérience de nos vies de cette manière, je n’ose à peine imaginer ce qu’il en sera de notre mort… Scénarisée, enneigée, diffuse (ée) ? Comme le spectacle de la mort des autres. Je n’ose à peine imaginer ce qu’il en sera de nos amours… Scénarisés, enneigés, (re) diffus (és) ?









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