Archive pour la catégorie 'société'

Faire l’amour en 2050

Article paru dans l’édition du Monde le 23.03.08
Avoir des relations sexuelles avec un robot sera bientôt possible, affirme l’expert en intelligence artificielle David Levy. A moins que notre vie érotique, via Internet, ne devienne seulement virtuelle.

Faire l’amour sans complexe à 80 ans. Acquérir des objets sexuels d’une technicité inimaginable aujourd’hui. Réaliser virtuellement les fantasmes les plus osés sur le Web… Tout cela, dans vingt ans, fera peut-être partie de notre paysage familier.

Mais cela n’est rien au regard de ce que prédit David Levy, chercheur britannique en intelligence artificielle. Le titre de la thèse qu’il a soutenue, en octobre 2007, à l’université de Maastricht (Pays-Bas), « Relation intime avec un partenaire artificiel », parle de lui-même. Et plus encore celui du livre que l’éditeur HarperCollins en a tiré, Love and Sex with Robots. En clair : David Levy affirme qu’en 2050, les robots nous ressembleront tant, sur le plan physique et comportemental, que certains en tomberont amoureux et auront avec eux des relations sexuelles.

Et si c’était vrai ? S’il ne leur manquait plus que l’apparence humaine pour nous séduire ? Côté coeur, le succès des Tamagotchi ou d’Aibo, le chien robot de Sony, montre que notre besoin d’attachement peut fort bien se fixer sur des êtres virtuels, parfois jusqu’à la déraison.

Côté sexe, la route semble plus tracée encore : à l’heure où les sex-toys s’achètent dans le catalogue de La Redoute et où le droit au plaisir s’affiche à tous les coins de rue, l’obstacle ne semble pas tant d’ordre moral que technique. Et les fabricants de love dolls rivalisent déjà d’ingéniosité pour donner à ces poupées de silicone grandeur nature, qui n’ont plus rien de « gonflables », l’apparence la plus réaliste. La preuve par le Net.

En quelques clics, vous y ferez connaissance avec Brigitte, squelette en aluminium articulé, poitrine 90 C, taille 1 m 67, « trois orifices fonctionnels » (Mechadoll, France, 6 990 euros). Avec Andy, qui « gémit lorsque vous la caressez », et Loly (tête interchangeable), dont les yeux « voient » grâce à son logiciel de reconnaissance de formes (First Androids, Allemagne). Avec une cohorte de Candy Girls asiatiques – de loin les plus douces et les plus réalistes (Orient Industry, Japon). En cherchant bien, on peut même y rencontrer Charlie, rouleur de mécanique à la peau mate, yeux bruns et taille du pénis « moyenne » (RealDoll, Etats-Unis).

Pour le moment, c’est vrai, ces poupées d’amour ne passionnent que quelques milliers d’amateurs dans le monde. Des hommes pour l’essentiel, célibataires, au compte en banque confortable mais au coeur en peine. Mais qu’en serait-il si ces champions du safe sex à la peau satinée devenaient capables de se mouvoir « naturellement » ? S’ils faisaient preuve d’initiative, et, surtout, de ce « supplément d’âme » qui nous importe tant ?

C’est précisément cette évolution que prévoit David Levy, pour qui la question n’est pas de savoir si nous ferons un jour l’amour avec des robots, mais quand. A l’appui de sa thèse : les progrès rapides des recherches visant à doter ces machines de sentiments tels que l’empathie. L’expert en intelligence artificielle en est convaincu, la prochaine étape de leur développement sera de « répondre aux émotions d’une personne en émettant d’autres émotions, pour mieux interagir avec les humains ». Pour le moment, on en est loin : les humanoïdes les plus performants sont à peine capables de distinguer deux individus l’un de l’autre.

Mais les Japonais, très concernés par le vieillissement de leur population et l’aide croissante qu’il faudra leur apporter, investissent énormément dans ce domaine. Quant à l’Union européenne, elle finance, à hauteur de 2,5 millions d’euros sur la période 2007-2010, le projet Feelix Growing, qui vise à élaborer des robots capables d’interagir avec les êtres humains et de ressentir des émotions. Pour mieux appréhender le comportement des malades ou des personnes âgées dont ils auront la charge, ces auxiliaires de vie truffés de caméras et de capteurs sauront un jour analyser la façon dont marche une personne, le ton de sa voix, les expressions de son visage. Et ils pourront lui répondre de manière appropriée pour la calmer, la guider… ou la morigéner.

Pourquoi, dès lors, ne pas imaginer mettre dans son lit, en 2050, un androïde plus vrai que nature ? L’idée en fera frémir plus d’un, pour qui le robot le plus réaliste, même doté d’une voix de rêve susurrant « je t’aime » au creux de notre oreille, ne remplacera jamais un partenaire humain. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner à ce compagnonnage, rétorque David Levy. Fidélité absolue, humeur constante, jeunesse éternelle… Sans compter des performances sexuelles à toute épreuve. Programmable à volonté, ce partenaire de choc pourrait tout aussi bien être mis « en mode apprentissage » que partager « les positions et techniques érotiques du monde entier ». Le tout sans panne ni migraine.

Que deviendront le couple, la famille, si ces compagnons artificiels envahissent le champ de l’intime ? Tromper son conjoint avec le robot sera-t-il assimilé à l’adultère ? L’amour romantique pourra-t-il y survivre ? A ceux qui s’inquiètent de telles perspectives, d’autres évoquent un tout autre scénario. En 2050, affirment-ils, les enfants pourront aisément être conçus en dehors de toute sexualité, et l’amour physique tel qu’on le conçoit depuis la nuit des temps aura perdu une bonne partie de son charme comparé à la réalité virtuelle. On ne fera donc plus l’amour IRL ( in real life), mais seulement par ordinateur interposé. Ou ce qui en tiendra lieu.

A la base de cette hypothèse : les technologies « haptiques », qui simulent la sensation du toucher. Une facette de la réalité virtuelle qui n’en est qu’à ses balbutiements, mais dont les applications, dans le domaine du jeu comme dans celui de l’industrie, sont considérables. Demain, la mère d’un enfant qui pleure pourra peut-être le consoler, depuis son bureau, d’une caresse sur la joue. Et l’amoureux en voyage déposer un baiser sur les lèvres de sa belle.

Et après-demain ? Supposons une combinaison ultramoulante, recouverte sur sa face interne de microscopiques capteurs-stimulateurs. Un réseau à très haut débit acheminant les volumineuses données inhérentes à la téléprésence tactile. Des systèmes informatiques d’une puissance de calcul suffisante pour traiter, en vitesse quasi instantanée, ces millions d’informations…

Il suffira alors d’enfiler cette peau « intelligente » et de se connecter au cyberespace pour émettre et recevoir les sensations tactiles de notre choix. De quoi goûter, d’ici à la fin du siècle, les plaisirs d’une relation sexuelle électronique « aussi satisfaisante que si elle était charnelle », affirme l’Américain James Hugues, sociologue au Trinity College de Hartford (Connecticut).

Assurément porteur, ce marché pourrait toutefois être contrarié par un autre : celui des phéromones, ces substances inodores émises par de nombreuses espèces animales et que le cerveau détecte comme autant de filtres d’amour. Si l’efficacité des phéromones humaines est prouvée – ce n’est pas encore le cas -, si l’on parvient à les synthétiser à volonté pour les incorporer à des parfums, ces aphrodisiaques risquent de faire fureur. Et ce ne sont cette fois ni les robots ni les ordinateurs qui les apprécieront…

Catherine Vincent

Les vidéos du Web secouent les municipales

source: Rue89

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locations d’appartement contre services sexuels et le collectif Jeudi Noir

sources: Libération et Rue89

Lire l’article de Elhame Medjahed et Ondine Millot paru dans Libération le 6 férvrier : Loue studette contre pipe .

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Lire l’article de Rue 89 au sujet de l’action du collectif Jeudi Noir

from www.dailymotion.com posted with vodpod

Immobiles

Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie ? d’Edward Bernays

Grâce à une politique éditoriale audacieuse, la collection Zones des éditions la Découverte est à découvrir en ligne.

Il est possible donc de lire dans son intégralité Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie ? d’Edward Bernays, qui est reconnu comme l’un des principaux créateurs (sinon le principal) de l’industrie des relations publiques et donc comme le père de ce que les Américains nomment le spin, c’est-à-dire la manipulation – des nouvelles, des médias, de l’opinion – ainsi que la pratique systématique et à large échelle de l’interprétation et de la présentation partisanes des fait

American Pictures par Jacob Holdt

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Jacob Holdt, né en 1947, est un photographe danois.

Chassé en 1969 du domicile familial par son père, pasteur luthérien, Jacob Holdt part alors au Canada avant de décider de gagner le Chili en auto-stop pour soutenir Salvador Allende. Ce qu’il découvre aux États-Unis le pousse à s’y arrêter. C’est le début de cinq ans de vagabondage sur les routes, à la découverte de l’Amérique sous le prisme de la pauvreté et de l’exclusion, notamment celle des Noirs. De ce voyage dans les coulisses du rêve américain, il a rapporté des milliers de photos prises avec un appareil amateur expédié par son père pour qu’il mette en images ce qu’il racontait dans ses lettres.

Rentré au Danemark en 1976, Jacob Holdt organise une projection de ses diapositives dans son village, projection qui rencontre un grand succès, lui assure une existence médiatique et le conduit à publier American pictures, best-seller illustré de 700 photographies. Il réalise ensuite un diaporama qu’il présente en conférences dans le monde entier.
(source: Wikipédia)

American Pictures est disponible en ligne dans son intégralité.

Global Voices Online, l’ultime média libre

Global Voices Online est une organisation à but non-lucratif de blogueurs du monde entier fondée au Berkman Center for Internet and Society de la faculté de droit de Harvard. Le Berkman Center for Internet and Society est un groupe de recherches qui étudie l’impact de l’internet sur nos sociétés.

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Les objectifs sont :

  1. Attirer l’attention sur les conversations en ligne les plus intéressantes, sur les nouvelles perspectives qui émergent à travers Internet dans le monde entier, en indiquant les liens vers des textes, photos, podcasts, vidéos et autre formes d’expression des citoyens sur Internet, dans le monde entier.
  2. Faciliter l’émergence de nouvelles voix citoyennes à travers la formation, les tutoriels en ligne, et la promotion de logiciels libres et gratuit qui peuvent être utilisés sans risques par les internautes du monde entier pour s’exprimer en toute sécurité.
  3. Défendre la liberté d’expression dans le monde et protéger le droit des citoyens de relater des événements et d’exprimer des opinons sans craindre la censure ou la persécution.

version anglophone / version francophone

Arrêt sur Images

Arrêt sur Images, l’émission de Daniel Schneidermann, supprimée de France 5 sera bientôt de retour sur le net.

Free Press

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Jean-François Bizot

«Il n’aurait pas fait un bon vieux»

La tribu du fondateur d’«Actuel» et de Radio Nova raconte l’épopée d’une presse alternative et d’un patron hors du commun, Jean-François Bizot, mort d’un cancer, samedi, à 63 ans.

Par RAPHAËL et GARRIGOS ISABELLE ROBERTS

Libération mercredi 12 septembre 2007

 

Avant de mourir samedi parce que «Jack le squatter» – ainsi qu’il surnommait son cancer – devenait vraiment trop encombrant ( Libération du 10 septembre), Jean-François Bizot, depuis l’hôpital, a réclamé une bière. Et aussi des enceintes pour écouter de la musique, et enfin un sandwich aux rillettes. Demain, il sera enterré dans l’intimité à Lyon, dont il est originaire, avant, le 22 septembre, une messe œcuménique à Paris, et, le 23, un concert organisé par Radio Nova au Cabaret sauvage.

Et après, que restera-t-il de Bizot ? Nova bien sûr, 20 000 ou 30 000 disques dans son hôtel particulier, une vieille collection d’ Actuel dans les bibliothèques et des amis : «Surtout, on s’est toujours marrés.» Claudine Maugendre, maquettiste d’ Actuel puis chef du service photo, dit ça en pleurant et en riant. Ils sont toute une bande dont Bizot était «le grand sachem hippie», dit l’un d’entre eux, le journaliste Phil Casoar. Certains ont même vécu, et vivent encore, dans son tipi en bord de Marne, son «château».

Bizot, 63 ans, c’était aussi une fortune familiale investie dans la «free press», qu’il a créée en France, et des sujets encore jamais lus dans les journaux : la drogue, le rock, le féminisme, l’homosexualité, la rumba zaïroise… Actuel première mouture, lancée en 1970, ferme en 1975 (à la une, une larme et « Actuel, c’est fini»). Quelques almanachs et un rapprochement raté avec Libération (il y en eut plusieurs) plus tard, Actuel renaît, avec cette signature «Nouveau et intéressant». Il y aura en 1981 la naissance de Nova, en 1994 la mort d’ Actuel, immédiatement suivie du lancement de Nova Mag et, tout au long de la vie de Bizot, des amis, une tribu. Parmi eux, Alain Bizos, photographe, Michel-Antoine Burnier, journaliste et écrivain, Phil Casoar, Marie Colmant, journalistes, Alain de Greef, ancien directeur des programmes de Canal +, Rémy Kolpa-Kopoul, journaliste à Nova, Daniel Lainé, photographe, Claudine Maugendre, Ariel Wizman, animateur, Bernard Zekri, directeur de la rédaction d’i-télé, tous compagnons de route d’ Actuel ou de Nova, qui racontent ici combien Jean-François Bizot était nouveau et intéressant.

 

 

L’histoire d’«Actuel»

Par RAPHAËL et GARRIGOS ISABELLE ROBERTS

Libération du mercredi 12 septembre 2007

 

 

1970, «Actuel», première

Bernard Zekri : «Jean-François Bizot avait ramené de la Californie de la fin des années 60 un peu de la révolte qu’il avait vue là-bas, l’amour libre, la contre-culture, etc.»

Michel-Antoine Burnier : «On avait une volonté antisectaire, on voulait sortir de l’imitation absurde de la Commune de Paris et d’Octobre 17. L’idée les gauchistes nous emmerdent était chez nous assez profonde mais secrète.»

Claudine Maugendre: «J’étais à l’Express, à la maquette. Il est venu : Viens, je vais faire un journal, tu vas pas te faire chier à l’Express toute ta vie. »

M.-A. Burnier : «En 1975, on a arrêté parce que l’époque s’épuisait, on avait fait trois numéros sur la drogue, deux ou trois sur l’écologie… On a arrêté en pleine santé. A la fin du premier Actuel, Jean-François Bizot a acheté des lithographies de Topor et les a distribuées ; j’ai toujours la mienne.»

De bonne famille

Philippe Bizos : «Si tous les fils de bonne famille avaient utilisé leur argent à faire ce qu’a fait Jean-François Bizot, la France aurait une autre gueule.»

M.-A. Burnier : «Dans les années 70, tout le monde était payé 2 000 francs et lui ne se faisait pas payer. Je me souviens que, quand on allait dans des restaurants à 5 francs, c’était le luxe.»

Bernard Zekri : «Quand il a démarré, il avait une belle cagnotte. Mais attention, ce n’était pas un allumé du genre je jette mon argent par les fenêtres . Mais c’était compliqué pour lui d’avoir de l’argent et d’être avec des mecs qui n’en ont pas.»

 

1979, «Actuel», deuxième

M.-A. Burnier : «Le premier Actuel c’était le dessin, le deuxième la photo. Le photojournalisme et les récits avaient pratiquement disparu de la presse, on a remis ça à l’ordre du jour. Ça a marché tout de suite, jusqu’à atteindre 410 000 exemplaires en juillet-août 81.»

Alain Bizos : «Il fallait voir quelle France c’était, c’était Giscard, 68 était loin, la presse de l’époque était vachement coincée. Actuel a fait exploser les barrières, ça choquait les gens, y compris visuellement.»

Bernard Zekri : «Au bout d’un moment, le succès d’ Actuel s’est accompagné d’une certaine arrogance. Tu allais dans les boîtes, le DJ disait : Nous avons un journaliste d’Actuel, tout le monde faisait Ouaiiiis ! et on trouvait ça normal !»

Alain Bizos : J’étais parti faire un reportage sur Nina Hagen à Berlin. Pour la une, on avait trois photos et on n’arrivait pas à se mettre d’accord. Bizot est arrivé et a dit : On fait les trois. On a fait trois unes différentes. Ça a été le premier gros succès. C’était ça, Bizot, un pif incroyable.»

Bernard Zekri : «Il y avait le côté fric, avec la rubrique Coup de fric sur une entreprise qui réussit. La première interview de Tapie, c’était dans Actuel. On chantait les louanges de l’esprit d’entreprise ! Bizot a été le premier à parler de tout un tas de choses qui sont devenues des marronniers : l’écologie, le new-age, la discrimination positive…»

 

La free press

Claudine Maugendre : «On imprimait en deux couleurs, on essayait plein de trucs. Et le jaune sur le jaune, je peux te dire que ça marchait pas !»

Marie Colmant : «Il avait été formé à la grande école du journalisme, à la Françoise Giroud, il savait ce qu’était l’écriture, la narration, l’architecture d’un papier.»

Phil Casoar : «L’emploi du je dans les papiers était une originalité qui est devenue un défaut. Et puis il y a eu des dérives dans la réécriture des articles. Je me suis retrouvé en troisième lecture d’un papier sur le trafic d’émeraudes. Patrick Rambaud [l’écrivain, un des fondateurs d’Actuel , ndlr] me dit : On sent pas assez que le mec a peur, et puis je verrais bien un petit Indien dans le coin en train de mâcher sa coca. »

M.-A. Burnier : «Ça s’arrête en 1994 car les ventes dégringolent : à force, les formules s’étaient mélangées.»

Bernard Zekri : «Le soir du dernier Actuel, Bizot pleurait tout seul à son bureau à 4 heures du matin. C’est pendant ce bouclage, qui a duré une dizaine de jours, que Guy Debord s’est suicidé. Pour Jean-François, ça voulait dire quelque chose.»

 

La défonce

Phil Casoar : «J’ai connu Libération, j’ai connu Charlie Hebdo, mais un bordel aussi kaléidoscopique qu’ Actuel… La défonce y était pour beaucoup, c’était vraiment un outil central. Bizot nous filait du speed pour écrire nos articles, de la cocaïne. Un jour, il a commandé une enquête sur la qualité de la coke. Il a découvert que sa préférée était en fait de la novocaïne, qu’utilisent les dentistes. Ça gèle le nez et c’est tout.»

 

La rumba zaïroise

Rémy Kolpa-Kopoul : «Il revenait de voyage avec des excédents de bagage en disques. Des disques fascinants. Je me souviens de Neu, un groupe allemand, un espèce de rock undergound post-Kraftwerk. On s’est créé un tandem sur Nova, l’émission les Voyages improbables. On n’était pas d’accord sur la musique. Il avait un vieux fond pop underground qui m’énervait, et il n’aimait pas mes fanfares balkaniques.»

Bernard Zekri : «A Radio Nova qui était au départ un peu cold wave, il s’est battu pour la musique africaine, notamment la rumba zaïroise, qui laissait tout le monde circonspect.»

 

Les gens du «Château»

Ariel Wizman : «C’était le vrai ministre de la Culture, il s’occupait de ce que les choses ne se ressemblent pas jour après jour. Pas un débusqueur de talents, il permettait. Il cherchait un sentiment de communauté qui n’existe pas. Il faisait que quelque chose de magique arrive entre des gens qui glandent ensemble.»

Marie Colmant : «Il a toujours regardé à la marge, pas là où tout le monde regarde.»

M.-A. Burnier : «A Jamel Debbouze, Bizot a dit : T’es nul mais ça va pas durer. »

Daniel Lainé : «En reportage, on prenait une chambre ensemble pour discuter jusqu’à 3 heures du matin, je n’ai plus jamais refait ça.»

Bernard Zekri : «Il a acheté le Château , son hôtel particulier, en 1975. Il accueillait tout le monde, c’était un capharnaüm de créativité.»

M.-A. Burnier : «On y mangeait, les filles passaient, la fidélité n’était pas notre fort… C’était comme la Comtesse de Ségur, sans être bourgeois et avec des filles.»

Alain de Greef : «Un cambrioleur se met en tête d’aller piller l’hôtel particulier. Après avoir enjambé les tonnes de livres, disques et cassettes, il se rend compte qu’il n’y a pas une télé ou une chaîne stéréo monnayable. Désemparé, il trouve un poulet rôti et se met à table. C’est là que Bizot débarque et s’installe en face et commence à l’interviewer, sort une bonne bouteille, puis, constatant que c’est un pauvre mec à la ramasse, lui propose un boulot à Nova.»

 

Pillé par la télé

Bernard Zekri : «Curieusement, son héritage est à la télé. Actuel a été pillé par la télé. D’une certaine façon, la multiplication des images a banalisé Actuel. Bizot a inventé une certaine liberté de ton, qui est devenue un marronnier à la télé, notamment à Canal + : l’impertinence, les détournements.»

Alain de Greef : «Ce mec qui s’acharnait plus à servir ses convictions culturelles qu’à soigner les bénéfices de son groupe a nourri et ouvert largement ma réflexion sur mon rôle de patron des programmes. Evidemment, il a été à l’origine de la carrière de pas mal de gens que j’ai pu lui piquer au fil des années, tous les Vandel, Karl Zéro, Baer et Wizman, Jamel, Taddeï, Léon Mercadet, etc. Jean-François en avait dénombré 23 il y a déjà près de 10 ans !»

 

Les borborygmes de Bizot

Rémy Kolpa-Kopoul : «Il parlait une langue qui s’appelait le Bizot. Sur le borborygme, il était très fort. Pour comprendre le Bizot, il fallait faire abstraction de l’ensemble et saisir des mots au passage pour comprendre le contenu.»

M.-A. Burnier : «Il rugissait de rage, un rugissement de lion, quand il était de bonne humeur, il clignait de l’œil ; son grand œil de pachyderme.»

 

Jack le squatter

Bernard Zekri : «Son cancer, il l’a traité comme un papier d’ Actuel, il s’en est servi pour faire un livre. Quand ça a commencé, en 2001-2002, il a dit : Je refuse que la maladie me change. Il n’a jamais arrêté de fumer. Il ne s’est jamais calmé, il n’aurait pas fait un bon vieux. Il ne s’est jamais arrêté. Les derniers jours, à l’hôpital, il découpait des articles, il faisait des sommaires, des chemins de fer… Son dernier projet, c’était un magazine pour les vieux lecteurs d’ Actuel. Il avait trouvé le titre : Si Senior

 

les robots auront-ils des droits?

source : Le Monde 11/09/07

r2d2-metal.jpgR2D2/Star Wars

Le dernier-né des robots humanoïdes japonais est doté de capacités impressionnantes. Dévoilé le 22 juin par la société Kawada et l’Institut national des sciences et technologies avancées (AIST), le “HRP-3 Promet” a tout de l’ouvrier du futur. Cette machine blanc et noir de 1,60 m pour 80 kg peut évoluer par tous les temps et se déplacer sur tous les terrains les plus accidentés. Le robot peut marcher deux heures, manipuler avec précision un tournevis, aider un homme à porter une planche, conduire un engin de chantier. Il présente d’infinis avantages par rapport aux humains. Jamais fatigué, ne nécessitant qu’une maintenance limitée et ne râlant pas, il pourrait révolutionner le secteur de la construction. Les concepteurs espèrent le commercialiser en 2010.

Dans moins d’une décennie, selon ces chercheurs, les robots feront partie du quotidien des Japonais. Bill Gates, dont l’entreprise Microsoft veut créer un système d’exploitation standard pour ces machines, annonce que l’industrie de la robotique, à l’image de celle du PC il y a trente ans, est à l’orée d’une forte expansion. Ces machines évolueront au contact des humains, pourront les remplacer dans certaines tâches, mais auront-elles, comme eux, des droits ?

La question a déjà été posée en Grande-Bretagne, dans un texte de prospective remis au gouvernement en décembre 2006. Le projet Horizon Scan aborde quelque 250 sujets d’avenir. Parmi eux, les conséquences de l’évolution des robots.

Sous l’appellation “Rêves utopiques ou meilleures machines”, les experts s’interrogent sur ce qu’il faut apporter aux robots en échange du développement de leur intelligence artificielle. Seront-ils autorisés à voter, obligés de payer des impôts, de faire leur service militaire ? Selon le rapport, si les robots participent à la force de travail, donc à la croissance de l’économie, il sera nécessaire de leur donner par exemple une couverture sociale pour assurer le bon fonctionnement de leurs équipements. Comme le note le texte, un ordinateur, qui n’est pas une personne légale, ne peut pas être mis en cause pénalement. Au mieux, son fabricant peut faire protéger son droit de propriété intellectuelle.

A l’institut de recherches américain MIT, Aaron Edsinger travaille depuis trois ans sur le robot Domo. Celui-ci doit naître d’une fusion entre Kismet, qui recherche les contacts avec les humains et Cog, très bon manipulateur d’objets. “La question du droit des robots sera importante à terme non seulement pour les roboticiens mais pour la société en général, explique-t-il. Je ne suis pas sûr que cela sera très différent de la question du droit des animaux, débattue actuellement. Nous protégeons nos animaux de compagnie contre toutes sortes d’abus, mais en même temps traitons d’autres espèces comme des bêtes de somme. De même, nous nous comporterons différemment selon les catégories de robots. Peut-être voudrons-nous que les robots domestiques restent des produits ménagers qui ne manifestent pas d’émotions. Un lave-vaisselle devrait rester un lave-vaisselle. Les robots pour enfants occuperont vraisemblablement un rôle de chien ou de chat. Et je pense que l’octroi de droits équivalents pour ces deux catégories de compagnons paraîtra naturel dans cinquante ans.”

Au Japon, la question va se poser plus tôt que cela, tant la robotique occupe déjà une place importante dans le quotidien. Le vieillissement de la population posant des problèmes en termes de main-d’oeuvre pour les entreprises ou pour l’aide aux personnes âgées, laboratoires et collectivités, pressés par le gouvernement, investissent énormément dans le domaine.

Les robots humanoïdes sortent peu à peu des laboratoires, à l’image de Wakamaru, sympathique tas de boulons conçu par Mitsubishi pour communiquer et déjà commercialisé pour remplir les fonctions d’hôtesse d’accueil dans les entreprises. De même, la société de sécurité Alsok loue déjà ses robots de surveillance C4 et C5 à des centres commerciaux. Les Japonais ne se posent pas de questions éthiques autour des robots, perçus comme éléments de l’environnement, comme les arbres, les objets, les animaux, voire les autres humains. Satoshi Kitajima, du Robot Laboratory d’Osaka, considère que “les robots sont là pour assister l’homme. Ils doivent lui permettre de consacrer son temps à d’autres activités”.

Avec une approche très pragmatique, le ministère de l’économie japonais travaille à la rédaction d’une directive sur la sécurité liée à l’usage des robots. La commission créée à cet effet en décembre 2006 ne devrait pas se prononcer pour une distinction entre robots et machines. Le fabricant sera toujours tenu pour responsable des agissements de sa création, sauf si ses instructions n’ont pas été respectées. La directive gouvernementale exigera des fabricants qu’ils assurent un suivi très sérieux des robots accomplissant des services à la personne. Ils devront enregistrer le moindre incident et le signaler à l’AIST, qui se chargera d’en tirer les conclusions.

En Corée du Sud, pays également très avancé en matière de robotique et grand rival du Japon dans ce domaine, une “charte éthique des robots” devrait être rédigée cette année. Le texte s’inspirera des principes édictés par l’auteur de science-fiction Isaac Asimov. Les robots ne doivent pas s’en prendre aux humains ou permettre à des humains de faire du mal. Les robots doivent obéir aux humains à moins que cela ne contredise la première loi. Les robots doivent assurer leur protection si cela ne contredit pas les autres lois.

 

Françoise Lazare et Philippe Mesmer (À Tokyo)

Article paru dans l’édition du 09.09.07.

 

CHRONOLOGIE1921 :le mot robot apparaît dans une pièce de l’auteur tchèque Karel Capek. Son étymologie signifie “travail forcé” ou “servitude”.1973 :

WABOT-1, conçu par l’Institut de robotique humanoïde de l’université de Waseda, est le premier robot bipède.

1999 :

présentation publique d’Aibo, le robot-chien de Sony.

2006 :

le fabricant de robots Hiroshi Ishiguro dévoile un clone androïde réalisé à son image.

2007 :

une agence d’intérim de Nagoya “recrute” 10 robots humanoïdes affectés à l’accueil des visiteurs dans des hôpitaux ou des bureaux.

2050 (objectif des chercheurs) :

une équipe de robots affronte une formation de joueurs humains.


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