Faire l’amour en 2050

Article paru dans l’édition du Monde le 23.03.08
Avoir des relations sexuelles avec un robot sera bientôt possible, affirme l’expert en intelligence artificielle David Levy. A moins que notre vie érotique, via Internet, ne devienne seulement virtuelle.

Faire l’amour sans complexe à 80 ans. Acquérir des objets sexuels d’une technicité inimaginable aujourd’hui. Réaliser virtuellement les fantasmes les plus osés sur le Web… Tout cela, dans vingt ans, fera peut-être partie de notre paysage familier.

Mais cela n’est rien au regard de ce que prédit David Levy, chercheur britannique en intelligence artificielle. Le titre de la thèse qu’il a soutenue, en octobre 2007, à l’université de Maastricht (Pays-Bas), « Relation intime avec un partenaire artificiel », parle de lui-même. Et plus encore celui du livre que l’éditeur HarperCollins en a tiré, Love and Sex with Robots. En clair : David Levy affirme qu’en 2050, les robots nous ressembleront tant, sur le plan physique et comportemental, que certains en tomberont amoureux et auront avec eux des relations sexuelles.

Et si c’était vrai ? S’il ne leur manquait plus que l’apparence humaine pour nous séduire ? Côté coeur, le succès des Tamagotchi ou d’Aibo, le chien robot de Sony, montre que notre besoin d’attachement peut fort bien se fixer sur des êtres virtuels, parfois jusqu’à la déraison.

Côté sexe, la route semble plus tracée encore : à l’heure où les sex-toys s’achètent dans le catalogue de La Redoute et où le droit au plaisir s’affiche à tous les coins de rue, l’obstacle ne semble pas tant d’ordre moral que technique. Et les fabricants de love dolls rivalisent déjà d’ingéniosité pour donner à ces poupées de silicone grandeur nature, qui n’ont plus rien de « gonflables », l’apparence la plus réaliste. La preuve par le Net.

En quelques clics, vous y ferez connaissance avec Brigitte, squelette en aluminium articulé, poitrine 90 C, taille 1 m 67, « trois orifices fonctionnels » (Mechadoll, France, 6 990 euros). Avec Andy, qui « gémit lorsque vous la caressez », et Loly (tête interchangeable), dont les yeux « voient » grâce à son logiciel de reconnaissance de formes (First Androids, Allemagne). Avec une cohorte de Candy Girls asiatiques – de loin les plus douces et les plus réalistes (Orient Industry, Japon). En cherchant bien, on peut même y rencontrer Charlie, rouleur de mécanique à la peau mate, yeux bruns et taille du pénis « moyenne » (RealDoll, Etats-Unis).

Pour le moment, c’est vrai, ces poupées d’amour ne passionnent que quelques milliers d’amateurs dans le monde. Des hommes pour l’essentiel, célibataires, au compte en banque confortable mais au coeur en peine. Mais qu’en serait-il si ces champions du safe sex à la peau satinée devenaient capables de se mouvoir « naturellement » ? S’ils faisaient preuve d’initiative, et, surtout, de ce « supplément d’âme » qui nous importe tant ?

C’est précisément cette évolution que prévoit David Levy, pour qui la question n’est pas de savoir si nous ferons un jour l’amour avec des robots, mais quand. A l’appui de sa thèse : les progrès rapides des recherches visant à doter ces machines de sentiments tels que l’empathie. L’expert en intelligence artificielle en est convaincu, la prochaine étape de leur développement sera de « répondre aux émotions d’une personne en émettant d’autres émotions, pour mieux interagir avec les humains ». Pour le moment, on en est loin : les humanoïdes les plus performants sont à peine capables de distinguer deux individus l’un de l’autre.

Mais les Japonais, très concernés par le vieillissement de leur population et l’aide croissante qu’il faudra leur apporter, investissent énormément dans ce domaine. Quant à l’Union européenne, elle finance, à hauteur de 2,5 millions d’euros sur la période 2007-2010, le projet Feelix Growing, qui vise à élaborer des robots capables d’interagir avec les êtres humains et de ressentir des émotions. Pour mieux appréhender le comportement des malades ou des personnes âgées dont ils auront la charge, ces auxiliaires de vie truffés de caméras et de capteurs sauront un jour analyser la façon dont marche une personne, le ton de sa voix, les expressions de son visage. Et ils pourront lui répondre de manière appropriée pour la calmer, la guider… ou la morigéner.

Pourquoi, dès lors, ne pas imaginer mettre dans son lit, en 2050, un androïde plus vrai que nature ? L’idée en fera frémir plus d’un, pour qui le robot le plus réaliste, même doté d’une voix de rêve susurrant « je t’aime » au creux de notre oreille, ne remplacera jamais un partenaire humain. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner à ce compagnonnage, rétorque David Levy. Fidélité absolue, humeur constante, jeunesse éternelle… Sans compter des performances sexuelles à toute épreuve. Programmable à volonté, ce partenaire de choc pourrait tout aussi bien être mis « en mode apprentissage » que partager « les positions et techniques érotiques du monde entier ». Le tout sans panne ni migraine.

Que deviendront le couple, la famille, si ces compagnons artificiels envahissent le champ de l’intime ? Tromper son conjoint avec le robot sera-t-il assimilé à l’adultère ? L’amour romantique pourra-t-il y survivre ? A ceux qui s’inquiètent de telles perspectives, d’autres évoquent un tout autre scénario. En 2050, affirment-ils, les enfants pourront aisément être conçus en dehors de toute sexualité, et l’amour physique tel qu’on le conçoit depuis la nuit des temps aura perdu une bonne partie de son charme comparé à la réalité virtuelle. On ne fera donc plus l’amour IRL ( in real life), mais seulement par ordinateur interposé. Ou ce qui en tiendra lieu.

A la base de cette hypothèse : les technologies « haptiques », qui simulent la sensation du toucher. Une facette de la réalité virtuelle qui n’en est qu’à ses balbutiements, mais dont les applications, dans le domaine du jeu comme dans celui de l’industrie, sont considérables. Demain, la mère d’un enfant qui pleure pourra peut-être le consoler, depuis son bureau, d’une caresse sur la joue. Et l’amoureux en voyage déposer un baiser sur les lèvres de sa belle.

Et après-demain ? Supposons une combinaison ultramoulante, recouverte sur sa face interne de microscopiques capteurs-stimulateurs. Un réseau à très haut débit acheminant les volumineuses données inhérentes à la téléprésence tactile. Des systèmes informatiques d’une puissance de calcul suffisante pour traiter, en vitesse quasi instantanée, ces millions d’informations…

Il suffira alors d’enfiler cette peau « intelligente » et de se connecter au cyberespace pour émettre et recevoir les sensations tactiles de notre choix. De quoi goûter, d’ici à la fin du siècle, les plaisirs d’une relation sexuelle électronique « aussi satisfaisante que si elle était charnelle », affirme l’Américain James Hugues, sociologue au Trinity College de Hartford (Connecticut).

Assurément porteur, ce marché pourrait toutefois être contrarié par un autre : celui des phéromones, ces substances inodores émises par de nombreuses espèces animales et que le cerveau détecte comme autant de filtres d’amour. Si l’efficacité des phéromones humaines est prouvée – ce n’est pas encore le cas -, si l’on parvient à les synthétiser à volonté pour les incorporer à des parfums, ces aphrodisiaques risquent de faire fureur. Et ce ne sont cette fois ni les robots ni les ordinateurs qui les apprécieront…

Catherine Vincent

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2 Responses to “Faire l’amour en 2050”


  1. 1 marine 28 juillet 2009 à 1:18

    le(la)un(e)con(ne)qui la inventé est MORTS J’ESPERE.a15on faFaire l’amour en 2050
    Publié 12 avril 2008 Recherche , robotique , sciences , société Leave a Comment
    Tags: Recherche, robotique, séxualité

    Article paru dans l’édition du Monde le 23.03.08
    Avoir des relations sexuelles avec un robot sera bientôt possible, affirme l’expert en intelligence artificielle David Levy. A moins que notre vie érotique, via Internet, ne devienne seulement virtuelle.

    Faire l’amour sans complexe à 80 ans. Acquérir des objets sexuels d’une technicité inimaginable aujourd’hui. Réaliser virtuellement les fantasmes les plus osés sur le Web… Tout cela, dans vingt ans, fera peut-être partie de notre paysage familier.

    Mais cela n’est rien au regard de ce que prédit David Levy, chercheur britannique en intelligence artificielle. Le titre de la thèse qu’il a soutenue, en octobre 2007, à l’université de Maastricht (Pays-Bas), « Relation intime avec un partenaire artificiel », parle de lui-même. Et plus encore celui du livre que l’éditeur HarperCollins en a tiré, Love and Sex with Robots. En clair : David Levy affirme qu’en 2050, les robots nous ressembleront tant, sur le plan physique et comportemental, que certains en tomberont amoureux et auront avec eux des relations sexuelles.

    Et si c’était vrai ? S’il ne leur manquait plus que l’apparence humaine pour nous séduire ? Côté coeur, le succès des Tamagotchi ou d’Aibo, le chien robot de Sony, montre que notre besoin d’attachement peut fort bien se fixer sur des êtres virtuels, parfois jusqu’à la déraison.

    Côté sexe, la route semble plus tracée encore : à l’heure où les sex-toys s’achètent dans le catalogue de La Redoute et où le droit au plaisir s’affiche à tous les coins de rue, l’obstacle ne semble pas tant d’ordre moral que technique. Et les fabricants de love dolls rivalisent déjà d’ingéniosité pour donner à ces poupées de silicone grandeur nature, qui n’ont plus rien de « gonflables », l’apparence la plus réaliste. La preuve par le Net.

    En quelques clics, vous y ferez connaissance avec Brigitte, squelette en aluminium articulé, poitrine 90 C, taille 1 m 67, « trois orifices fonctionnels » (Mechadoll, France, 6 990 euros). Avec Andy, qui « gémit lorsque vous la caressez », et Loly (tête interchangeable), dont les yeux « voient » grâce à son logiciel de reconnaissance de formes (First Androids, Allemagne). Avec une cohorte de Candy Girls asiatiques – de loin les plus douces et les plus réalistes (Orient Industry, Japon). En cherchant bien, on peut même y rencontrer Charlie, rouleur de mécanique à la peau mate, yeux bruns et taille du pénis « moyenne » (RealDoll, Etats-Unis).

    Pour le moment, c’est vrai, ces poupées d’amour ne passionnent que quelques milliers d’amateurs dans le monde. Des hommes pour l’essentiel, célibataires, au compte en banque confortable mais au coeur en peine. Mais qu’en serait-il si ces champions du safe sex à la peau satinée devenaient capables de se mouvoir « naturellement » ? S’ils faisaient preuve d’initiative, et, surtout, de ce « supplément d’âme » qui nous importe tant ?

    C’est précisément cette évolution que prévoit David Levy, pour qui la question n’est pas de savoir si nous ferons un jour l’amour avec des robots, mais quand. A l’appui de sa thèse : les progrès rapides des recherches visant à doter ces machines de sentiments tels que l’empathie. L’expert en intelligence artificielle en est convaincu, la prochaine étape de leur développement sera de « répondre aux émotions d’une personne en émettant d’autres émotions, pour mieux interagir avec les humains ». Pour le moment, on en est loin : les humanoïdes les plus performants sont à peine capables de distinguer deux individus l’un de l’autre.

    Mais les Japonais, très concernés par le vieillissement de leur population et l’aide croissante qu’il faudra leur apporter, investissent énormément dans ce domaine. Quant à l’Union européenne, elle finance, à hauteur de 2,5 millions d’euros sur la période 2007-2010, le projet Feelix Growing, qui vise à élaborer des robots capables d’interagir avec les êtres humains et de ressentir des émotions. Pour mieux appréhender le comportement des malades ou des personnes âgées dont ils auront la charge, ces auxiliaires de vie truffés de caméras et de capteurs sauront un jour analyser la façon dont marche une personne, le ton de sa voix, les expressions de son visage. Et ils pourront lui répondre de manière appropriée pour la calmer, la guider… ou la morigéner.

    Pourquoi, dès lors, ne pas imaginer mettre dans son lit, en 2050, un androïde plus vrai que nature ? L’idée en fera frémir plus d’un, pour qui le robot le plus réaliste, même doté d’une voix de rêve susurrant « je t’aime » au creux de notre oreille, ne remplacera jamais un partenaire humain. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner à ce compagnonnage, rétorque David Levy. Fidélité absolue, humeur constante, jeunesse éternelle… Sans compter des performances sexuelles à toute épreuve. Programmable à volonté, ce partenaire de choc pourrait tout aussi bien être mis « en mode apprentissage » que partager « les positions et techniques érotiques du monde entier ». Le tout sans panne ni migraine.

    Que deviendront le couple, la famille, si ces compagnons artificiels envahissent le champ de l’intime ? Tromper son conjoint avec le robot sera-t-il assimilé à l’adultère ? L’amour romantique pourra-t-il y survivre ? A ceux qui s’inquiètent de telles perspectives, d’autres évoquent un tout autre scénario. En 2050, affirment-ils, les enfants pourront aisément être conçus en dehors de toute sexualité, et l’amour physique tel qu’on le conçoit depuis la nuit des temps aura perdu une bonne partie de son charme comparé à la réalité virtuelle. On ne fera donc plus l’amour IRL ( in real life), mais seulement par ordinateur interposé. Ou ce qui en tiendra lieu.

    A la base de cette hypothèse : les technologies « haptiques », qui simulent la sensation du toucher. Une facette de la réalité virtuelle qui n’en est qu’à ses balbutiements, mais dont les applications, dans le domaine du jeu comme dans celui de l’industrie, sont considérables. Demain, la mère d’un enfant qui pleure pourra peut-être le consoler, depuis son bureau, d’une caresse sur la joue. Et l’amoureux en voyage déposer un baiser sur les lèvres de sa belle.

    Et après-demain ? Supposons une combinaison ultramoulante, recouverte sur sa face interne de microscopiques capteurs-stimulateurs. Un réseau à très haut débit acheminant les volumineuses données inhérentes à la téléprésence tactile. Des systèmes informatiques d’une puissance de calcul suffisante pour traiter, en vitesse quasi instantanée, ces millions d’informations…

    Il suffira alors d’enfiler cette peau « intelligente » et de se connecter au cyberespace pour émettre et recevoir les sensations tactiles de notre choix. De quoi goûter, d’ici à la fin du siècle, les plaisirs d’une relation sexuelle électronique « aussi satisfaisante que si elle était charnelle », affirme l’Américain James Hugues, sociologue au Trinity College de Hartford (Connecticut).

    Assurément porteur, ce marché pourrait toutefois être contrarié par un autre : celui des phéromones, ces substances inodores émises par de nombreuses espèces animales et que le cerveau détecte comme autant de filtres d’amour. Si l’efficacité des phéromones humaines est prouvée – ce n’est pas encore le cas -, si l’on parvient à les synthétiser à volonté pour les incorporer à des parfums, ces aphrodisiaques risquent de faire fureur. Et ce ne sont cette fois ni les robots ni les ordinateurs qui les apprécieront…
    it pas l’amour non???

  2. 2 watermy 1 mars 2010 à 1:42

    C’est bizarre mais ça me fait penser a un film…

    « Fidélité absolue, humeur constante, jeunesse éternelle… Sans compter des performances sexuelles à toute épreuve. Programmable à volonté, ce partenaire de choc pourrait tout aussi bien être mis « en mode apprentissage » que partager « les positions et techniques érotiques du monde entier ». Le tout sans panne ni migraine. »

    S’ils seront programmer pour imiter et ressentir les émotions humaines, ils finiront forcément par ce comporter comme telles non ?


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